11 – Torrbo > Norrdellen (km 3160 – km 3480)

  • 2022/04/27 Torrbo – Torsång (bivouac) : 57 km
  • 2022/04/28 Torsång – Falun – Svärrdsjö (bivouac) : 63 km
  • 2022/04/29 Svärrdsjö – Åmot (camping) : 48 km
  • 2022/04/30 Åmot – Lilla Öjungen (bivouac) : 41 km
  • 2022/05/01 Lilla Öjungen – Bollnäs – Vallsta (bivouac) : 51 km
  • 2022/05/02 Vallsta – Norra dellen (camping) : 57 km

Mercredi 27 Avril, nous retardons notre départ de Torrbo car trois Plongeons arctiques sont arrivés sur le lac du camping. Nous l’avons vu dégeler le temps de notre séjour, passant du blanc au gris, puis au noir de l’eau profonde. Gabriel avance vers eux appareil photo en main, en jouant à « un deux trois soleil », progressant par petits pas lorsque les oiseaux ont la tête sous l’eau.

On roule très bien jusqu’au bivouac suivant, mais il fait très frais. Nous arrivons en banlieue de Borlänge, dans un ancien écomusée présentant des constructions traditionnelles et de vieilles barques sur une grande pelouse en bord de lac. Le lieu est idéal pour observer les oiseaux : au loin des Plongeons arctiques (encore eux), en limite de roselière des Chevaliers culblancs et des Bruants des roseaux, et une Sterne pierregarin perchée sur une balise du chenal. La Chouette Hulotte chante pendant la nuit. Le lendemain matin, deux Balbuzards pêcheurs sont en chasse au-dessus du lac. Seul l’un d’entre eux parvient à ressortir avec un beau poisson entre les serres.

Etape à Falun pour un gros ravitaillement. C’est des mines de minerai de Falun que provient le fameux pigment rouge cuivré de toutes les maisons suédoises. Vent de face, temps frais, et pas d’eau dans nos bouteilles. Nous nous résolvons à en acheter à Svärdsjö, juste à côté de notre cabane du soir. L’abri est au Sud du lac Svärdsjön, assez proche des habitations. La surfréquentation explique peut-être son mauvais état. Nous décidons de planter la tente à côté, et profitons du foyer pour allumer un feu. Un fourgon remorquant une vedette s’avance jusqu’au ponton. Après quelques manœuvres, l’embarcation est dans l’eau et son conducteur part bruyamment en direction de la petite île. Ce qui nous surprend c’est qu’il est de retour moins de deux heures plus tard, remet son bateau sur la remorque et repart comme il est venu. Beaucoup d’efforts pour une petite partie de pêche.

Nous avons une deuxième visite le lendemain matin, une femme promène son épagneul et s’enquiert du motif de notre venue. On discute jusqu’à ce que nous soyons interrompus par une alarme de son agenda électronique. « Je dois aller changer mes pneus, bonne journée ! ». 29 Avril, les suédois vont enfin troquer leurs pneus cloutés pour les pneus de printemps, c’est bon signe. Et ça fera moins de bruit sur la route quand ils nous dépasseront.

La tente est toute givrée, on la laisse sécher pendant que nous observons les oiseaux au petit déjeuner.

Trois Faucons crécerelles sont perchés dans leur nid en haut d’un pin. Un Pic noir se promène de bouleau en bouleau en criant, deux Gobemouches noirs se disputent en silence. Un Pouillot fitis chante allègrement dans les bourgeons. Tout comme le Gobemouche noir, c’est un migrateur au long cours qui hiverne en Afrique tropicale. Les mâles arrivent avant les femelles pour définir leur territoire et trouver un lieu propice pour la nidification.

Nous empruntons une route forestière très calme en pente douce. Nous avons de belles éclaircies mais le temps se voile, et nous trouvons refuge pour le déjeuner contre ce qui semble être une ancienne centrale hydroélectrique. Dans l’après-midi nous longeons une série de lacs tous aussi beaux les uns que les autres. On ne résiste pas à une pause sur celui de Grundsjön, plus accessible avec les vélos.

Une Grue cendrée semble être seule sur la rive Nord Est. Nous en avons aperçu une autre perdue dans les taillis en bord de route. D’ordinaire, elles voyagent en couple ou en famille avec leurs petits. Marine pointe la longue-vue sur deux Plongeons arctiques et des pommes de pins tombent autour de nous. Encore un coup des « Gredins des pommes de pins » ! C’est ainsi que nous avons renommé les Bec-croisés des sapins, auteurs de ces plaisanteries.

Nous arrivons tôt au camping de Åmot, accueillis par trois hommes en plein apéro entre les caravanes. Jaan nous souhaite la bienvenue et nous propose de nous installer à l’écart sur un terrain plongeant vers la rivière. Nous nous insérons entre deux cabanes, celle où l’on stocke le bois et l’autre où on le consume. Ce petit abri est une pièce carrée avec des bancs autour d’un foyer ouvert que Jaan et ses collègues viennent allumer pour nous. Les flammes sont d’un grand réconfort après une nuit où il a gelé. Nous y passons toute la soirée, à noircir nos poumons (même si le local est ventilé) et parfumer nos habits.

Samedi 30 Avril, 3 degrés au réveil. Le ciel est bien dégagé. Nous discutons avec Jaan qui nous montre des photos du lieu datant mois de Janvier, sous les aurores boréales. On aurait dû partir encore plus tôt pour voir cela ! Il nous apprend que nous sommes sur le territoire des Ours brun et des Loups, qu’il a déjà vus plusieurs fois pendant ses randonnées. Et il n’est pas rare de voir des élans sur le bord de la rivière. Il faudra ouvrir l’œil.

L’itinéraire du jour est majoritairement sur des routes non asphaltées et très peu fréquentées. Notre progression est donc plus lente et plus fatigante. Nous retrouvons temporairement l’asphalte, au niveau d’une route qui aurait pu être une voie de chemin de fer : en dénivelé très doux, surélevée sur une sorte de digue d’une dizaine de mètres de haut. On est presque au niveau de la cime des pins. De retour sur la piste, nous trouvons un bivouac en bord de route, en plein milieu de la forêt, sur le lac de Lilla Öjungen. Nous avons besoin de nous réchauffer après cette journée sans soleil, avec la goutte-au-nez permanente. Nous installons la tente entre les arbres sur un tapis d’aiguilles de pins et d’herbes sèches. On se réconforte avec une bonne tablette de chocolat, et on repense, assis tous les deux, à cette légende que Geneviève nous a racontée à notre arrivée en Suède.

Sur une grande plage de sable clair, au crépuscule, deux silhouettes de cavaliers s’avancent l’une vers l’autre. Le premier est vêtu d’une épaisse fourrure sur un cheval sombre. Le second porte un habit clair et une couronne tressée de rameaux en bourgeons. Chacun dresse sa lance, la porte à l’horizontale, brandit son bouclier. Commence alors le duel. Monsieur Hiver finit par s’incliner, et laisse Monsieur Printemps prendre sa place. Une barque sort de la brume derrière eux, glissant sur l’eau jusqu’au rivage. Les passagers portent une torche et viennent à terre embraser les tas de branches disposés sur l’aire de combat.

Voici la version de la légende du rite de passage de l’Hiver au Printemps telle que nous l’avons retenue, et sûrement interprétée. Le passage du 30 Avril au 1er Mai, est fêté dans toute la scandinavie par de grands feux pour célébrer l’arrivée du Printemps. Chez les Vikings, on allumait de grands bûchers pour éloigner les loups et d’autres créatures surnaturelles afin de sortir dès le lendemain les troupeaux en pâture.

Gabriel a fabriqué un foyer semi-enterré avec des pierres et de la terre, pour allumer un beau feu et fêter à notre manière « Valborg » ou la « nuit de Walpurgis ». Car nous attendons le Printemps avec impatience ! Il ne fait qu’un petit degré au dessus de zéro au premier Mai, et l’on se demande vraiment si Monsieur Printemps a mis la raclée à Monsieur Hiver.

Le chant des Plongeons arctiques nous sort de notre sommeil. Après le petit déjeuner, la nouvelle tombe : onze fissures sont visibles sur la jante arrière de Gabriel (celle qui avait déjà été changée à Strasbourg). Espérons qu’elle tienne jusqu’à ce que l’on trouve une solution.

Nous avons besoin de renflouer les sacoches de nourriture mais nous avons omis un détail : le premier Mai est un jour férié ici aussi, tout doit être fermé ! Nous envisageons de camper en zone urbaine de Bollnäs pour attendre l’ouverture. A notre étonnement tout est ouvert, et nous avons même pu acheter des patins freins pour remplacer les nôtres. On n’aura jamais fait autant d’emplettes le jour de la Fête du travail…

Nous roulons avec prudence car nous sommes sur une route « à deux chiffres », la route 83, fréquentée par les camions, et sans accotement. Le bruit des voitures nous semble d’autant plus violent après avoir apprécié la tranquillité des lacs. Petite lueur dans cet horizon de camions : la première Hirondelle rustique du voyage ! Monsieur Printemps aurait-il finalement gagné la partie ?

En s’écartant de la route 83 nous trouvons un campement vers l’aérodrome de Vallsta. Il y a de quoi s’installer sur une péninsule du lac Kyrksjön au bout d’une piste de terre. Un Balbuzard pêcheur est en vol statique au moment où nous arrivons. Bel accueil, nous approuvons le lieu qui nous réserve d’autres belles surprises : un Pic cendré, des Garrots à œil d’or, et des Pouillots fitis.

Lundi 2 Mai, 10 degrés au réveil. Le record de la nuit la plus chaude passée dehors. Tellement chaude que nous avons dû enlever des épaisseurs en pleine nuit. Les Bécassines ont chanté juste au dessus de la tente. Elles chantent d’abord un tic-tac répété puis foncent en piqué en faisant vibrer les plumes de la queue. Cela produit un vrombissement comme celui de gros insectes.

Départ à 10h. Cap plein Nord par une route de granit rose très agréable. Les lacs gelés se succèdent. De belles granges et séchoirs en bois attirent notre regard. Un Pygargue à queue blanche cercle pour prendre de l’altitude avec des mouettes rieuses au dessus du lac de Ljusnan. A la hauteur du village de Kalv, des rafales de vent nous poussent à trouver urgemment un abri. Par chance, une cabine de baignade est tout proche. Nous l’atteignons juste avant qu’un grain passe. Nous passons le reste de l’après-midi sur une belle route traversant des paysages de forêts de pins jusqu’au camping de Norra Dellen. Il est situé à la jonction de deux lacs immenses, Norrdellen et Sördellen, battus par les vents au moment où nous arrivons.

duo de Cygnes chanteurs par cyclopithecus

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8 réflexions sur “11 – Torrbo > Norrdellen (km 3160 – km 3480)

    1. Ouf, c’est bon : on a bien remplacé la roue de Gabriel. Il était moins une. Onze fissures sur la jante ! Dans la plus grosse, on pouvait passer la pointe d’un couteau.

  1. Plein de bisous pour vous réchauffer. On pense bien à vous. Merci pour ces beaux oiseaux et des beaux paysages. Au lac du Bourget hier il faisait beau nous étions en t-shirt. Le printemps semble arrivé ici il ne va pas tarder à vous réchauffer. Étienne a testé le vélo électrique pour un tour de lac. Plein de pensées. A bientôt.

    1. Merci Chris et Étienne ! Ça y est le soleil arrivé tout doucement et les bourgeons commencent à sortir. On a bien un ou deux mois de décalage avec vous. Vivement Juillet qu’on se mette en T-shirt nous aussi ! Pleins de bises.

  2. Bonjour, je suis amie avec Dominique et Ness de Menglon,
    Qui nous ont parlé de votre périple courageux à vélo en Norvège. Je regarde avec plaisir vos photos et commentaires de voyage. La suite sur boite mail, ok. Bonne suite de voyage.
    Marie Pierre Valentin
    26120 Upie

  3. coucou mes chers amis voyageurs. La douceur arrive, enfin… Quel courage vous avez !!!! Ici, en Ardèche, c’est l’explosion de fleurs et de chants d’oiseaux…. Profitons en avant l’arrivée des grosses chaleurs et des cigales ! Je roule aussi un peu, avec mon super vélo électrique et c’est comme toujours le plateau Ardéchois qui m’attire : le Gerbier de Jonc, le Mont Mézenc, j’adore…. Je vous suis pas à pas, ou plutôt roue à roue, je grelotte avec vous, je râle contre les camions, je frémis quand la jante se fend, et je m’émerveille avec vous…Je vous embrasse bien fort, je ne vous quitte pas !!! Hélène

    1. Quel beau message ! Il va au moins nous faire rouler 1000 Km de plus ! Voire plus ! Nous nous sommes souvent amusés à imaginer l’explosion du printemps, là-bas, en France. Il arrive tout juste ici. Les feuilles de bouleaux se déroulent lentement, et le paysage prend enfin une dominante verte. Le matin, c’est canicule dans la tente : 14°C au lieu des 4°C auxquels on s’était habitués.
      On espère partager avec toi ces balades à vélos dont tu nous parles, les plateaux d’Ardèche doivent être si beaux.
      Merci de vivre notre périple à ton tour, à travers sa lecture. Cela nous motive à le prolonger, à l’écrire et le documenter de plus en plus. C’est tellement chouette de pouvoir partager cela avec toi ! Pleins de bises de tous les deux.

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