07 – Bremen > Reußenköge (km 1650 – km 1950)

  • Brême – Glückstadt (bivouac)
  • Glückstadt – Burg – Sarzbüttel (bivouac)
  • Sarzbüttel – Kolenbüttel – Hattstedt (camping chez l’habitant)
  • Hattstedt – Reußenköge (gîte à la ferme)

Brême est une pause en famille. Nous sommes gâtés par Martin et Linda qui ont fait en sorte qu’on ne manque de rien pendant notre séjour. Imaginez le passage du régime « semoule-oeuf dur-carottes crues » à la cuisine soignée de Linda : gnocchis maison, pain artisanal, repas coréen, paneer aux épinards, mousse au chocolat, meringues à la pistache… En plus du fameux restaurant routier Hafen Casino Truck stop et de la brasserie Brauerei Union. Nos estomacs s’en souviennent encore!
Nous passons le weekend tous les six à vélo à travers überseestadt, le quartier qui a pris place sur les anciens docks reconvertis, puis dans le gigantesque bürgerpark : 200 ha financés et gérés par les habitants, 10 fois le parc Paul Mistral de Grenoble (et sans stade!).
Nous profitons de cette halte à Brême pour acquérir une nouvelle tente que nous testons sur la terrasse de la maison. Le montage et les dimensions nous laissent perplexes. Elle est plus spacieuse et très différente de l’autre en conception, ce qui nous vaut quelques doutes au moment de renvoyer notre ancienne tente en France.

Le début de semaine est consacré à l’entretien des vélos, l’écriture du blog, et des moments partagés en famille. Nous prenons une matinée pour visiter rapidement le centre historique de Brême : le quartier Schnoor et ses micro-maisons, la Böttcherstraße, que l’on atteint par la rive droite de la Weser.

Après avoir accompagné Oscar et Louis à l’école, nous repartons sur nos vélos chargés, requinqués et plein d’entrain pour ce nouveau départ. Linda nous indique un itinéraire plus sympathique que notre tracé initial, passant par les zones humides de Lilienthal. Nous y observons de nombreuses Bernaches du Canada, Oies rieuses et Huitriers pie. Nous sommes heureux de retrouver dans le ciel les lignes changeantes des oies en formation, que nous entendons avant d’en apercevoir le vol. Nous renouons avec la routine de l’opération discrétion dans le bois de Bremervörde. C’est dans une portion de chemin forestier entravé par des troncs à terre que nous trouvons notre bivouac, la garantie de ne pas être dérangés par les promeneurs. Il faut pour cela porter les vélos préalablement déchargés, une logistique qui vaut bien une jolie clairière de hêtres sous les étoiles. Les feuilles et les branches craquent sous nos pas pendant l’installation. L’odeur de l’humus s’amplifie avec la tombée de la nuit.

Ce matin il fait 4°C. Nous prenons rarement le petit-déjeuner sur le lieu de bivouac. Nous préférons pédaler pour nous réchauffer, pendant environ une dizaine de kilomètres, et pour trouver un lieu propice pour le petit-déjeuner. Un banc devant un étang nous comble pour ce matin. Nous engloutissons notre muesli au beurre de cacahuète, les jumelles autour du cou. Un Martin-pêcheur d’Europe fait une courte apparition, une flèche bleu métallique rasant la surface. Un Pouillot véloce se rapproche dans les chatons de saule, et le Troglodyte mignon ne cesse de se percher pour lancer sa mitraille sonore. Un Gros-bec casse-noyaux atterrit en face sur une souche.

Nous roulons en direction de l’Elbe pour traverser le fleuve en ferry au niveau de Glückstadt, ville de la chance en allemand. Et de la chance nous en avons, car ce sont des milliers d’oies qui sont au rendez-vous à la gare maritime. Gabriel a tout juste le temps de traverser la file d’attente des camions pour saisir l’envol des milliers de Bernaches nonnettes.

C’est une première sur l’eau pour nos vélos. Les odeurs de lait fermenté des camions agricoles se mêlent à la vase et aux fumées de gasoil. On en a plein les narines. La traversée dure une vingtaine de minutes pendant lesquelles nous observons le vol d’un Pygargue à queue blanche, sûrement l’auteur de tout ce dérangement chez les oies. Nous rencontrons un couple d’habitants de Glückstadt qui nous apprend que les maisons de chaume du bord opposé sont parmi les plus chères. On ne comprend pas tout à fait le reste mais une sympathie immédiate se crée avec lui car il a des jumelles autour du cou.

L’heure tourne à notre arrivée sur la rive droite, et on se demande si le bivouac sera facile dans le secteur. Toutes les maisons sont rivées sur le bord du fleuve et il n’y a aucune forêt à proximité. Les zones résiduelles sont les berges de l’Elbe aménagées en grandes pelouses, complètement à découvert. Nous visons un WarmShower, mais sans réponse, nous enfourchons nos vélos et faisons confiance à la route.

La piste cyclable qui longe le fleuve est très belle, et les grandes étendues de gazon au pied de la digue sont en réalité sans vis-à-vis avec les maisons. D’immenses tas de joncs ponctuent la berge et nous serviront de pare-vue. Après quelques kilomètres, nous nous installons derrière l’un d’eux, en attendant la nuit et le passage des derniers joggeurs pour planter la tente. Les oies se massent à quelques centaines de mètre sur l’eau et dérivent peu à peu vers nous. Le spectacle de ces oies noir et blanc glissant sur le miroir d’eau sur fond de porte-conteneurs est saisissant. Et le lever de soleil sur la digue avec les Huitriers pie est tout aussi beau. Nous prenons le petit-déjeuner plus loin à Brokdof, après les étendues de phragmites bordant le fleuve dans lesquelles se perchent les Tariers pâtre. Un poteau indicateur des inondations nous rappellent la fragilité de ces lieux face à la montée des eaux, uniquement protégés par les digues.

Nous longeons brièvement le canal de Kiel, puis déjeuner à Burg à l’ombre d’un immense beffroi de 4 cloches, heureusement resté silencieux pendant notre pause. Au cinquantième kilomètre de la journée, nous sommes à Sarzbüttel, encore dans une forêt éclaircie de hêtres. Gabriel aperçoit un chevreuil qui détale, et la tente prend place au centre d’un cercle de jeunes arbres.

Nous faisons halte à Husum en fin de journée. Les noms de villes ont maintenant des consonnances Viking. On joue volontiers les touristes dans le petit port, profitant du soleil sur un banc à côté des terrasses de restaurant bondées. Ce soir nous dormons à Hattstedt dans un lieu insolite indiqué par un local: un terrain de camping privé que les habitants mettent gratuitement à disposition des randonneurs. C’est une famille qui gère cela, et l’a aménagé de façon originale: un bateau échoué qui sert de salle à manger, une roulotte bleue, des toilettes sèches, autour d’une ombrelle végétale. Nous plantons la tente sous le regard des mini-poneys. Mattes et Jonte, les deux petits garçons de Hanna et Janes, leur apportent leur repas du soir.

Beaucoup de vent de face ce Dimanche 27 Mars. On peine à atteindre la réserve de Beltringharder Koog. Nous allons d’observatoire en observatoire dans ce lieu bien aménagé pour les ornithologues. Nous observons des quantités de Garrots à œil d’or sur les plans d’eau, mais aussi des Harles piette, Fuligules morillons, Oies cendrées, Bernaches nonnettes. Puis l’on rejoint la digue à la mer par les marais peuplés de Barges à queue noire, Chevaliers gambettes, Vanneaux huppés. A notre surprise, la mer est si loin que les moutons broutent de l’autre côté de la digue. Le vent forcit, les genoux travaillent fort. « Monter au Nord » prend tout son sens avec le vent de face. Pour cette nuit, nous avons prévu de camper dans une ferme-gite que Marine a contactée afin d’avoir un peu de confort pour notre première interview dans une émission de radio en direct. Nous passons à 21h sur Allo la planète, dans « voyage sans ailes », l’émission de ceux qui voyagent sans avion.

Lorsque nous arrivons à la Ferme, Inès la propriétaire nous propose d’emblée de dormir au chaud plutôt que sur le terrain de camping, dans un des appartements qui vient de se libérer. Nous prenons possession des lieux, ébahis devant tant de confort.

6 réflexions sur “07 – Bremen > Reußenköge (km 1650 – km 1950)

  1. Vos photos sont magnifiques ! Je me régale ! Mais Marine où sont tes dessins ? Bonne route et merci de nous permettre de vous accompagner !

    1. Merci Patricia! Ça nous fait plaisir de savoir que tu nous suis! Les dessins ce sera quand les journées seront un peu plus longues car entre la recherche de bivouac, ravitaillement et pauses oiseaux, on ne trouve pas le temps (et l’énergie aussi!). Mais on a environ 3kilos de matériel de dessin qu’il faudra bien utiliser un jour 🙂

  2. Sauf erreur, bientôt le Danemark !
    Les photos sont magnifiques…..
    MERCI de nous faire partager votre voyage.

    1. Tu es bien assidue Hélène, ça nous fait plaisir ! Normalement ce soir on dort au Danemark. On ne connait pas un mot en danois, on s’y met dès maintenant 😉

  3. Super votre parcours,
    Beaucoup de km ,depuis notre rencontre sur la digue .
    De belles photos, j’apprécie vraiment
    Bon courage à vous deux
    Patrick

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