08 – Reußenköge > Hvide Sande (km 1950 – km 2176)

  • Reußenköge – Tønder (Bivouac en cabane)
  • Tønder – Vester Vedsted (Bivouac en cabane)
  • Ribe – Esbjerg (WarmShower)
  • Esbjergb- Lønnestak (Bivouac)
  • Lønnestak – Hvide Sande (gîte)

Encore beaucoup trop de vent aujourd’hui mais c’est le jour de nos premiers Cygnes chanteurs du voyage! Nous renonçons à l’itinéraire initial longeant la digue, et préférons trouver une route plus à l’abri dans les terres. Nous faisons un crochet dans un observatoire et nous bifurquons dans la campagne au niveau de Ockholm. C’est une bonne décision, nous devons préserver nos articulations et notre moral. Nous franchissons en milieu d’après-midi la frontière au niveau de Tønder (et non sur la côte) : 2000km au compteur tout pile sous le drapeau danois! La première impression est donnée par la propreté des toilettes et ce drôle d’avertissement rédigé en danois et en allemand : pas de saucisse pour les sangliers… Nous fonçons vers le premier « shelter » repéré. Le shelter, « abri » en anglais, est une aire de camping aménagée, généralement gratuite pour éviter les dérives du camping sauvage. Elles comprennent la plupart du temps des tables, un foyer pour le barbecue, et des abris en bois surélevés ou non, assez grands pour y dormir à plusieurs.

Pause ornitho à « Ballum Sluse », au niveau d’un bâtiment de régulation des niveaux d’eau entre la mer et le réseau de canaux à l’intérieur des terres. Plus d’une centaine de Tadornes de belon et une vingtaine d’Avocettes élégantes se nourrissent sur les zones de marnage. Nous avons du mal à nous abriter pour manger. Aucun arbre en vue, et la petite maison sur la digue est notre unique rempart contre le vent. Nous renonçons de nouveau à la piste cyclable de la côté Ouest et visons un bivouac en périphérie de Ribe, dans les terres. Nous nous ravitaillons en eau auprès d’un habitant en bredouillant quelque chose en anglo-danois. Lorsque celui-ci apprend d’où l’on vient, il nous montre le logo « citroën » de son T-Shirt, comme si c’était un point commun avec nous. Le Shelter est à quelques kilomètres plus à l’Ouest de chez lui et nous découvrons des cabanes en madriers de bois foncé recouverts d’herbe en toiture. La végétation a vraiment changé en une centaine de kilomètres : conifères sombres, tapis de bruyère et arbres de petite taille. Cela ressemble aux paysages que nous avions aimés en Norvège. Réveil à 0°C, la nuit a encore été bien fraiche. Mais dans ces abris, nous ressentons beaucoup moins l’humidité qu’à l’intérieur de la tente. Nous nous coupons du vent en installant une bâche sur l’ouverture. Une Alouette lulu vole en chantant au-dessus de nos têtes et un lièvre passe en courant sur le chemin de graviers.

Nous passons devant un étrange bâtiment contemporain en chaume, le musée du Parc National de la Mer des Wadden qui abrite une exposition sur les oiseaux migrateurs. Pause ornitho à Kammerslusen, le repère des mouettes, puis au petit plan d’eau de Sneum Digesø où l’on observe beaucoup de Canards pilets.

Le ciel s’assombrit, le vent ne diminue pas, et des averses de neige sont annoncées en fin de journée. Nous avons un point de ravitaillement à Esbjerg à atteindre avant les intempéries. Mais la neige nous surprend vers 15h en pleine ville et recouvre très rapidement la chaussée. La visibilité est mauvaise et ce moment est éprouvant pour le corps et le mental. C’est un retour en hiver, une grosse chute de neige à laquelle nous n’avions pas eu affaire auparavant. Coincés sous le auvent du supermarché, nous recherchons une solution d’hébergement pour la nuit, en pensant que ce temps allait durer. Nous utilisons encore une fois notre « joker » WarmShower en lançant quelques demandes tout en avançant vers la plage. Quelques Tournepierres à collier s’agglutinent devant la jetée et Marine en profite pour les observer à la longue-vue. Nous sommes soulagés quand Dóri et Alan nous répondent favorablement, même si l’averse vient de s’arrêter, dégageant un ciel à la luminosité mystérieuse sur la mer grise. C’est la première fois que nous apercevons une vraie plage de la mer des Wadden.

Nous passons la soirée en compagnie de ce jeune couple Hongrois et Danois avec Emma 16 mois, et sa grand-mère Lene. Ils ont parcouru l’Europe à vélo et poussé la route de la soie jusqu’au Tadjikistan. Ils rêvent maintenant de s’installer dans le Nord de l’Espagne pour y trouver plus de soleil. Malgré une bonne nuit au chaud, la fatigue accumulée nous incite à réserver deux nuits en gite sur une prochaine étape pour souffler un peu. Nous raccourcissons l’itinéraire du lendemain, nous n’allons pas jusqu’à Blåvand comme prévu (pointe extrême Ouest du pays) et coupons à travers les forêts et tourbières.

Lors d’un arrêt pour que Marine reprenne des forces, nous faisons une curieuse rencontre sur une aire de pique-nique. Un homme fume la pipe en prenant le soleil et nous aborde. Notre projet l’intrigue et il nous dissuade de voyager près des frontières russes. Il murmure comme pour lui-même en plissant les yeux « Cold war in Europe, hot war in Ukraine ».

Nous gagnons le lac de Filsø, immense lac autrefois exploité à des fins agricoles. En 2010, la fondation Aage V. Jensen a commencé les travaux de remise en eau (comme c’était le cas avant le 19ème siècle) et réussi aujourd’hui le défi d’en faire une grande halte migratoire pour les oiseaux. Un bel exemple de réensauvagement, « rewilding » en anglais.

Les paysages sont époustouflants : de grandes étendues de bruyère, des dunes de sable clair et des pins. La piste cyclable serpente gentiment suivant au plus près le relief, jusqu’au shelter. Quatre retraités à vélo viennent prendre une bière sous le auvent de la maison forestière pour fêter leur première sortie cycliste de l’année. Nous communiquons en anglais avec l’un d’eux, qui reviendra le lendemain matin pour en apprendre plus sur notre projet et nous souhaiter bon voyage.

Le premier Avril est le jour d’ouverture de la saison de camping. Un garde-forestier bien barbu arrive vers 9h pour ouvrir l’eau et les toilettes, tout en discutant et rigolant dans son oreillette avant de remonter dans son pick-up. Nous prenons le temps sur place pour prendre le petit-déjeuner et faire sécher la tente qui a givré dans la nuit. Nous n’avons que douze kilomètres à faire avant notre location de Hvide Sande.

4 réflexions sur “08 – Reußenköge > Hvide Sande (km 1950 – km 2176)

  1. Merci pour tous ces liens, photos, les tips et descriptions du voyage, oiseaux compris! a du faire bien froid ces jours ci. ca va aller mieux maintennt. bonne energie à vous.

    1. Merci Suzanne ! Les températures ont un peu chuté, c’est vrai, mais le plus difficile à gérer reste la pluie. On essaie d’anticiper les grosses pluies pour garder nos vêtements secs. Ce soir on a fait un beau feu de camp pour se consoler !

  2. Z’etes bien courageux les amis, à vous voir j’en ai des frissons!
    Mais que vos photos sont magnifiques!
    Avez-vous le temps ou la possibilité de croquer?
    Pédalez avec bonheur et énergie.

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