13 – Bureå > Kukkola (km 4170 – km 4560)

  • 2022/05/21 Bureå – Skellefteå – Tåmträsket : 77 km (bivouac)
  • 2022/05/22 Tåmträsket – Piteå : 55 km (bivouac)
  • 2022/05/23 Piteå – Lulnäsudden : 63 km (bivouac)
  • 2022/05/24 Lulnäsudden – Luleå – Örarna : 47 km (bivouac)
  • 2022/05/25 Örarna – Raneå – Vitåfors : 46 km (bivouac)
  • 2022/05/26 Vitåfors – Långträsk : 74 km (bivouac)
  • 2022/05/27 Långträsk – Kukkola : 28 km (camping)

Nous avons profité de notre halte au camping de Bureå pour faire une révision complète des vélos. Tous les 1000km, nous nous efforçons d’inspecter minutieusement nos montures. Nous mesurons l’état des chaines avec un outil spécifique, qui indique le pourcentage d’usure. Au bout de 3500 km, l’usure est déjà bien avancée (entre 75 et 100%), nous l’avons donc remplacée pour une toute neuve. Cela peut paraitre prématuré, mais les vélos sont lourdement chargés et nous pédalons souvent dans la poussière ou le sable. Malgré toutes nos précautions, cela n’a pas empêché de cumuler les pépins mécaniques dans les trois jours qui ont suivi : câble de dérailleur cassé, crevaison, œillet de cadre support de porte-bagage cassé…

Le printemps est arrivé ce 21 Mai : ça y est, on sent les fleurs, les bouleaux ont commencé à dérouler leur feuilles vert fluo et les Gobemouches noirs auparavant silencieux chantent maintenant sans relâche. Le vent et le soleil dans le dos, nous traversons Skellefteå et découvrons par surprise le vieux quartier de Bonnstan et ses constructions en bois massif empilé, vieillies par les siècles. Le bois patiné est magnifique, prenant des teintes du brun sombre au gris argenté, comme les chalets d’altitude du Queyras. Nous arrivons au lac de Tåmträsket, mais découvrons que les rives sont bien occupées par les habitations de vacances. Nous empruntons un sentier d’accès à une déchetterie sauvage qui cache derrière elle une rampe de mise à l’eau, avec juste la surface nécessaire pour planter la tente. Nous sommes au pied d’un pin et le sol est jonché d’aiguilles et d’habitantes à six pattes. Nous sommes sur le territoire des fourmis et nous devrons en tenir compte pour cohabiter cette nuit. Gabriel étudie attentivement le parcours de nos voisines, de façon à implanter notre tente sans les contrarier dans leurs trajets. L’autoroute des fourmis est à environ soixante centimètres de la tente, et les petites bêtes s’affairent sans se soucier de nous jusqu’au lendemain matin.

Le soleil perce à travers les pins, les Chevaliers guignettes chantent en se poursuivant au ras du lac. Gabriel revient de la petite plage où un des échassiers venait se reposer la veille, le visage rougi par l’eau fraiche. Nous prenons le petit déjeuner en savourant ce moment quand tout à coup : “Pffffffffff !”. On se regarde, étonnés, et on comprend très vite qu’il s’agit d’une crevaison surprise du vélo de Marine. Comme ça, sans prévenir, la chambre à air a décidé de déclarer forfait ici, juste avant notre départ. Elle est percée au niveau de la valve (friction trop importante sur le joint du fond de jante ?), irrécupérable. Quelques heures plus tard, c’est le dérailleur arrière de Gabriel qui ne répond plus : le câble s’est sectionné au niveau de la poignée. Il est remplacé à la hâte sur le bord de la route pour continuer jusqu’au shelter près de Piteå. En fin de journée, nous arrivons sur un bel étang, aménagé en aire de baignade. La cabane et l’aire de grillade sont à l’écart, dans un état pitoyable. Nous passons près d’une heure à collecter les déchets pour lui redonner sa vocation d’accueil. Nous faisons toujours en sorte de laisser l’endroit plus propre que lorsque nous arrivons, car ces lieux ont beaucoup de valeur à nos yeux. Nous nous sentons en quelque sorte redevables envers les gens qui les entretiennent et les mettent à disposition du public (quand ce n’est pas la commune, ce sont souvent des habitants bénévoles). On constate malheureusement que les lieux sont souvent détériorés et sales par rapport à ceux dont on a pu bénéficier au Danemark. A notre arrivé, Marine repère immédiatement un oiseau sur l’eau. Les yeux dans les jumelles elle s’exclame “Un Grèbe jougris ! Gab, prend l’appareil photo !”. Mais le grèbe est trop loin et disparait sous l’eau. Il ressort la tête quelques instants plus tard, de l’autre côté du ponton, tout près de la plage que les derniers baigneurs ont désertée. Gabriel applique la méthode d’approche des Plongeons arctiques, dite du “un-deux-trois soleil” qui consiste à avancer vers l’oiseau lorsqu’il plonge.

Lundi 23 Mai, nous partons pour la péninsule de Lulnäsudden avec l’objectif de voir la mer. L’itinéraire cyclable côtier nous en donne rarement l’occasion, il faut donc faire de bons détours pour mériter l’horizon. Sur la carte, le lieu a l’air magnifique : une étroite bande de sable relie cette presqu’île inhabitée à la terre. Nous avançons vite car l’étape est longue.

En début de matinée, les Courlis sont nombreux au bord de la route. Presque dans chaque champ, nous l’entendons chanter. Nous parvenons à en approcher un, pas très farouche. Les Courlis cendrés sondent le sol pour capturer de petits invertébrés grâce à leur long bec courbe (pratique, ça évite de trop se baisser). Il paraît que celui des femelles, plus long, leur permettrait de varier un peu plus leurs prises.
Un ancien agriculteur nous a appris que les nouvelles techniques d’ensilage (l’emballage de l’herbe sous plastique) compromettent la ressource en insectes, dont les Courlis ont besoin pour se nourrir, et nourrir leurs petits. C’est une espèce quasi menacée, du fait de la disparition de son habitat, et de la chasse.
Astuce de Gabriel (qui commence tout juste la photographie) “il faut que l’œil brille pour que la photo soit réussie, il est plus vivant ainsi”. Il parait que certains photographes rajoutent même un reflet dans l’œil sur des logiciels de retouche.

Chant du Courlis cendré par Lars Edenius

Nous faisons une pause sandwich sous le regard effrayé d’un écureuil, blotti contre la pomme de pin qu’il venait de ramasser avant de nous apercevoir. Plus tard, en longeant l’aéroport de Luleå, Marine décrète : “Pause ornitho !”. Un plan d’eau dans une ancienne gravière semble tout à fait propice aux observations. Deux Cygnes chanteurs, à travers les roseaux, des Oies cendrées sur la berge opposée, quelques Fuligules morillons et plus loin, un point blanc : un mâle de Harle piette ! C’est un canard plongeur arborant un beau plumage noir et blanc, plutôt rare. Nous restons un moment dans l’espoir d’observer une femelle, en vain.

L’accès à la presqu’ile est difficile. Marine entend Gabriel râler dans les sous-bois boueux : “On est en train de ruiner tout le travail de nettoyage et d’entretien que l’on vient de faire !”. Pour ne rien arranger, il faut ensuite affronter la langue de sable avec nos vélos de cinquante kilos. Nous allons voir à pied d’abord, avant de nous y engager. Feu vert, c’est le paradis, cela en vaut la peine ! Et pour combler Marine, une centaine de mouettes nous souhaite la bienvenue. Ce ne sont pas les mouettes “de base”, celles-ci crient différemment, comme un jouet en plastique qu’on presserait rapidement dans la main. Comme les Mouettes rieuses, les Mouettes pygmées portent un capuchon noir, mais sont plus petites et ont le dessous des ailes sombres. Elles se sont toutes affolées quand un rapace est passé dans le secteur, faisant échouer nos tentatives de photographie. Elles étaient plus calmes le lendemain. Ce sont des oiseaux que l’on voit en hiver sur les côtes atlantique et méditerranéenne puis qui remontent vers leur aire de nidification, de la Finlande à la Sibérie.

Mouette pygmée par Lars Edenius

Nous arrivons à la cabane, sur une petite ile splendide, prolongée par une jetée de galets de granit. Juste pour nous. Opération nettoyage, puis nous avons tout le loisir d’observer les oiseaux et le paysage. Les bourgeons des bouleaux ne sont pas sortis ici. On ose à peine arpenter les lieux car on écrase tout sur notre passage. Le sol est recouvert de lichens, de bruyère et de myrtillers. Un groupe d’une cinquantaine de Harles bièvres débarque, principalement des femelles. Elles font un brin de toilette sur la jetée et repartent plonger dans l’eau. Notre ami le Chevalier guignette est là, une fois de plus. Ce petit échassier s’est envolé de son caillou quand nous sommes arrivés sur la plage. Après notre installation, nous nous sommes faits plus discrets, espérant l’observer de nouveau. Immobiles pendant près d’une heure, assis sur les galets, nous avons tenu jusqu’à ce qu’il revienne. On le reconnaît à son “Marcel” : il porte un plumage blanc sur tout le ventre et qui remonte en bretelles sur les épaules. Nous nous endormons sous la tente, à la lumière du jour, avec le ressac et le bon air marin. Trente minutes plus tard, Gabriel réveille Marine en sursaut car le Tétra lyre chante à côté de la tente, derrière les arbres :”Il est sûrement sur la plage, à moins de vingt mètres !”. Mais Marine est emportée dans son sommeil et réagit à peine. Gabriel sort la tête de la tente discrètement à plusieurs reprises sans parvenir à le voir. Un lièvre variable passe sur la bruyère, tout tâché de blanc, puis Gabriel rentre dans son sac de couchage, et s’endort avec le chant des plongeons arctiques.

Chevalier guignette par Lars Edenius

Mardi 24 Mai, nous faisons chemin inverse pour retrouver la route vers Lulea. Nous traversons les bois sur ce qui doit être en hiver un parcours de biathlon… à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, surprenant ! Tout comme le fait de voir des espèces montagnardes comme le Tétra lyre au bord de la mer. Ici la latitude compense l’altitude. Nous nous trouvons maintenant à plus de 65 degrés Nord.

Nous réalisons en discutant en chemin que la chronologie de nos souvenirs se brouille rapidement. Pour remédier à cela, Gabriel consigne dans un petit carnet -qui a pris maintes fois l’eau, les éléments marquants de la journée. Marine pour sa part cartographie les points de pause (bivouacs et pique-niques) et les observations ornithologiques. Nous tenons à nous arrêter régulièrement pour fixer nos souvenirs et les partager sur ce site. Cela nous prend environ une journée complète d’écriture et de tri des photos, ce que l’on fait dans un camping (pour la connexion internet et l’électricité), trois fois par mois.

Mercredi 24 Mai, nous croisons en chemin un musée à ciel ouvert de vieux wagons de train. Nous tournons en rond à Lulea pour trouver des pièces de rechange pour les vélos mais c’est hors de prix comparé aux villes du Sud. Nous reportons ces achats non urgents pour la Finlande.

Une cinquantaine de kilomètres plus loin, nous sommes encore proches de la ville après tous ces détours dans les magasins. Nous calculons nos étapes de manière à ce pas bivouaquer à proximité des villes pour dormir plus tranquilles. Mais il faut bien s’y frotter de temps en temps pour le ravitaillement, environ deux fois par semaine. L’abri visé pour ce soir est au bout d’une piste dans la campagne, près d’une zone humide (argument utilisé par Gabriel pour convaincre Marine d’y aller). Il faut franchir une barrière levante cadenassée pour passer, nous obligeant à se contorsionner. Gabriel se retrouve pris au dépourvu : lui d’un côté, et son vélo en équilibre de l’autre. Nous n’avons pas de béquilles sur les vélos, donc Marine ne peut pas lâcher le sien pour l’aider… Situation cocasse ! A notre arrivée, deux Bécasses des bois s’envolent des tas de branches. Les Courlis cendrés paradent, les Cygnes chanteurs se manifestent au loin. La cabane semble être un refuge scout si l’on en croit les inscriptions sur les broderies, et les bancs de messe stockés dans une annexe. Nous n’utilisons pas l’abri, car à force de dormir dehors, nous avons besoin de respirer l’air frais pour bien dormir.

Mercredi 25 Mai, de beaux papillons viennent se poser sur le bouleau. La photo est plus facile que pour les oiseaux. Les amateurs de Lépidoptères pourront peut-être nous renseigner sur l’espèce ? Une professeur de biologie rencontrée plus tard en Finlande nous a permis de mettre un nom sur ces Nymphalidés.

Le trajet en vélo se fait sans encombre jusqu’à la l’étape suivante. Nous empruntons la plus grande piste cyclable à ce jour, sur une deux voies asphaltées interdite aux voitures sur plusieurs kilomètres. Descente grisante à plus de cinquante à l’heure, et encore un beau “graffiti de route” (œuvre graphique à base de pneus fondus sur asphalte).

Soudain, sur le bord de la route, une nouvelle espèce sur le trajet des cyclopithèques ! Nous faisons demi-tour alors que nous roulions à bonne allure, car ces oiseaux avaient une étrange silhouette. Une grosse tête comme ça, avec une huppe, c’est bien des Jaseurs boréaux qui nous ont fait freiner des quatre patins. Ils s’envolent plusieurs fois mais Gabriel parvient à capturer dans l’appareil ces deux beaux oiseaux. Nous entrons tout juste dans l’aire géographique où il peut être observé pendant la période de reproduction.

Nous arrivons à Vitåfors, sur une aire de baignade aménagée le long de la rivière. Nous inspectons les différentes cabanes : un stock de bois, une cabine de change, un toilette sec, un sauna et un refuge meublé. Le lieu est à usage libre et la participation peut se faire via un virement bancaire. En Suède le paiement en espèces a quasiment disparu, et le virement entre particuliers est devenu “monnaie courante”. En remerciement, nous nettoyons les lieux et laissons un dessin dans le livre d’or. Une famille arrive et allume le poêle à bois du sauna. Ils partent aussitôt et reviennent une heure plus tard avec des amis pour partager ce moment; avant de se rafraichir dans la rivière, où nous-mêmes avions eu du mal à tremper les pieds. A leur départ, ils nous proposent d’utiliser le “batsu” (sauna en suédois) tant qu’il est encore chaud mais nous avons tellement souffert de la chaleur sur la route (20 degrés à l’ombre) que nous déclinons, ce sera pour une autre fois !

Jeudi 26 Mai, un homme vient à notre rencontre pendant que nous prenons le café. Très bavard, il nous raconte l’histoire de cet endroit qui se trouve sur un carrefour stratégique pour les voyageurs en direction du Cap Nord. La cabane principale est une maison de berger du 18ème siècle, déplacée ici et réhaussée (on distingue trois grumes claires à la base). Tout a été construit par les habitants et de manière bénévole. Une course de 300 canards en plastique lancés sur la rivière depuis le pont permet de récolter des fonds pour l’entretien. Chacun parie sur un canard en espérant qu’il arrive le premier en bas.

Il nous apprend qu’il est collectionneur de vieilles voitures. Enfin ! Nous mettons un visage sur un de ces passionnés qui font rouler des voitures américaines des années 50 et 60 dans les campagnes suédoises. Ce phénomène porte même un nom : la culture Raggare.

Le collectionneur nous fait part de bribes d’aventures de cyclistes ou caravanistes de telle ou telle nationalité rencontrés au cours des dernières années. Il commence chaque histoire par “Je dois vous raconter celle-ci”. Celle des hollandais qui ne savaient pas faire du feu, celle de l’allemand qui cuisait un poisson immangeable… On deviendra pour lui la prochaine anecdote : celle d’un couple de français qui voyage à vélo pour suivre les oiseaux et voir la nature, mais qui ne sait pas pêcher. Il reprend sa voiture une heure après, et nous nos vélos. Il s’était arrêté juste pour discuter avec nous.

Aujourd’hui, nous avons une bonne surprise après un virage débouchant sur une clairière. Un renne ! nous ralentissons et posons pied à terre lentement. Il lève la tête, nous regarde et retourne brouter tranquillement. Notre présence ne l’inquiète pas plus que ça, contrairement à un groupe de trois autres aperçus plus tard qui ont détalé dès qu’ils ont senti notre présence.

Journée de vélo à travers les bois avec une alternance de voies revêtues et de pistes de sable compacté. Une portion est en travaux, très difficile à parcourir avec des cailloux de gros calibre. Tout vibre, les vélos sont malmenés sur plusieurs kilomètres. En fin de journée, un nouveau bruit sur le vélo de Gabriel nous arrête : un œillet du cadre, support du porte-bagage arrière s’est dessoudé ! Nous nous arrêtons aussi tôt que possible, sur un élargissement enherbé. Nous sommes devant une maison, dont sort rapidement le propriétaire. Nous saluons ce grand homme chauve, tout tatoué, coiffé d’une casquette et l’informons du motif de notre arrêt. Pendant que Gabriel modifie la fixation de son porte-bagage, il propose ses outils et même des pièces de quincaillerie qui pourrait servir. “J’ai cru que vous alliez camper ici” nous dit-il, “et je voulais vous dire que vous pouvez aller à cabane de la commune sur le lac, que vous pouvez utiliser. Si quelqu’un du village vous questionne, dites que vous venez de la part de Fredrik”. Nous faisons donc connaissance de Fredrik et sa femme Anna-Karin, installés récemment ici dans la maison familiale. Il nous propose spontanément de l’eau, provenant de la source de son terrain, puis au fil de la conversation, nous sympathisons, et c’est une liqueur de framboise arctique (Rubus arctica) maison, de douze ans d’âge qu’il nous propose de goûter ! Fredrik montre à Marine une photo d’un oiseau, prise en fin d’hiver non loin d’ici. Elle écarquille les yeux : “une Chouette lapone !” Il a réussi à la voir de près et prendre en photo cette chouette majestueuse avec un simple téléphone depuis son scooter des neiges.

Nous terminons la journée à la cabane indiquée par Fredrik. Le lieu est paisible et pleins d’oiseaux : des Garrots à œil d’or, des Harles bièvre, un Cygne chanteur et des Bécassines des marais… Et le premier Coucou gris sonne ses deux syllabes si familières ! Un chevalier culblanc vient se poser à plusieurs reprises, c’est l’occasion de prendre en photo ce limicole que l’on observe souvent depuis que nous sommes en Suède. Son chant en vol est joyeux et on aime bien l’imiter : une sorte de rapide “oui-ti-ti oui-ti-ti oui-ti-ti !”. On le voit décoller des fossés ou en train de se nourrir en bordure de lac. Il se perche occasionnellement sur un arbre, ce qui peut surprendre car c’est un oiseau que l’on voit tout le temps les pattes dans l’eau. Mais à la belle saison, ses mœurs sont aussi arboricoles, et pour cause : il niche dans les arbres !

Chevalier culblanc par Lars Edenius

La pluie est arrivée. Nous revêtons notre tenue étanche (que nous n’avions pas enfilée depuis très longtemps) : guêtres, pantalon et veste, dans le refuge. Nous avons 27 km de piste à faire avant de rejoindre l’asphalte. On hésite un moment sur l’itinéraire, car on pourrait aussi bien prendre un long détour de 20 km pour éviter des portions non revêtues. On se remémore ce que nous indiquait Fredrik la veille “la piste est correcte jusqu’à Kukkola, la partie qui a cassé votre vélo est une exception”. Nous roulons sur l’itinéraire le plus court et la transmission des vélos ne tarde pas à se couvrir de sable. Le crissement des grains dans la chaine est désagréable, car on s’inquiète pour notre nouvelle chaine et pour les dents des plateaux et pignons. Nous nous arrêtons régulièrement pour rincer l’ensemble avec de l’eau puisée dans les fossés et les lacs.

Les vélos sont presque propres quand nous arrivons au camping de Kukkolaforsen. La rivière de Torne qui coule à gros bouillons nous sépare de la Finlande, juste en face. Le lieu est connu pour la pêche au saumon, dont la saison commence début Juin. On entend avec un grand ravissement les premiers Martinets noirs au-dessus de nous ! Leurs cris font aussitôt ressurgir pleins de souvenirs de soirées d’été.

Dimanche 29 Mai, nous suivrons la rivière jusqu’à Haparanda, la dernière ville suédoise avant la frontière.

Merci à vous de nous avoir lus jusqu’au bout !

12 – Norrdellen > Bureå (km 3480 – km 4170)

  • 2022/05/05 Norrdellen – Gryttjen (bivouac) : 68 km
  • 2022/05/06 Gryttjen – Timrå (bivouac) : 52 km
  • 2022/05/07 Timrå – Brånsviken (bivouac) : 45 km
  • 2022/05/08 Brånsviken – Utvik (bivouac) : 47 km
  • 2022/05/09 Utvik – Sörgällsta (bivouac) : 55 km
  • 2022/05/10 Sörgällsta – Västansjö (camping) : 28 km
  • 2022/05/12 Västansjö – Stavasjön (bivouac) : 54 km
  • 2022/05/13 Stavasjön – Öre (bivouac) : 58 km
  • 2022/05/14 Öre – Umeå (camping) : 74 km
  • 2022/05/15 Umeå – Rickleå (bivouac) : 63 km
  • 2022/05/16 Rickleå – Lövvattnet (bivouac) : 60 km
  • 2022/05/17 Lövvattnet – Bjuröklubb (bivouac) : 42 km
  • 2022/05/18 Bjuröklubb – Bureå (camping) : 40 km

Durant cet épisode, nous quittons l’intérieur des terres suédoises pour rejoindre la côte de la Mer Baltique!

Les Cygnes chanteurs ont encore fait retentir leurs trompettes en pleine nuit, les grives s’égosillent au lever du jour (à trois heures du matin), les Tétras lyre chantent imperceptiblement depuis la forêt, et surprise, on entend la mélodie du Rougequeue à front blanc ! Nous avions observé deux mâles se chamailler dans la bruyère en silence mais ce matin, l’un d’entre eux défend ardemment son territoire. On passe le petit-déjeuner à essayer de le prendre en photo sans y parvenir. Nous partons du camping de Norrdellen après trois nuits de repos dans la pinède du bord du lac. En quittant l’emplacement, nous réalisons que nous avions choisi le numéro 38 sans le vouloir, comme un petit rappel de nos origines iséroises. Lors du chargement des vélos, impossible de retrouver notre drapeau “cyclopithecus”: volatilisé, c’est un grand mystère. Peut-être les lapins du camping ?

Jeudi 05 Mai, nous rejoignons l’itinéraire Euro vélo 10 qui nous mènera jusqu’à la côte. Belle journée de vélo à travers les pinèdes par une route très calme, avec une pause au lac Mjusjön dans une cabane de pêcheur d’où nous apercevons (encore) des plongeons arctiques en paire. Marine rêvait de les voir en plumage nuptial, et pensait qu’il était rare de les observer, mais c’est en réalité un oiseau assez commun ici. En milieu d’après-midi, après un passage par Hassela pour ravitaillement, nous passons à la hauteur d’un lac d’où décolle un Pygargue à queue blanche. Le paysage de forêts exploitées n’en finit plus, et nous nous demandons où nous allons dormir ce soir. Nous faisons confiance à la route, en explorant les bifurcations vers les routes forestières, et au bout de plusieurs tentatives, nous atterrissons sur un élargissement de piste en marge de la route principale. Nous dînons avec nos premiers moustiques avant de nous réfugier sous la tente et nous endormons avec les grognements de la Bécasse des bois.

La nuit est incroyablement silencieuse puis laisse place, dès l’aurore (deux heures quarante du matin!) aux premiers chants des oiseaux, rapidement grossis par ceux de la forêt entière. Gabriel imagine toutes ces boules de plumes, tapies dans les bois, patientant jusqu’aux premières lueurs, qui n’attendent qu’une chose : le signal du premier (souvent une grive ou un rougegorge) pour commencer à chanter en chœur. Les bouchons d’oreilles deviennent indispensables pour faire une nuit complète… Mais on préfère tellement cela aux nuisances sonores de notre ancien appartement, cerné par les chantiers et les voisins bruyants. Les Tétra lyres roucoulent discrètement tout près de nous. Marine attendra qu’ils aient terminé pour aller explorer les places de chants. Quelques crottiers sont bien présents, en plein milieu des zones fraichement déboisées. C’est assez surprenant de constater que l’espèce se contente de zones éclaircies par l’exploitation humaine, laissant derrière elle un chaos de souches et de branchages.

Record de vitesse sur la matinée suivante : 19,5km/h de moyenne (et vitesse maximale 56,83 km/h!) jusqu’au lac de Vintertjärnen. Comme sur beaucoup d’étendues d’eau, il y a toujours un aménagement permettant de s’y installer confortablement. Une cabane de pêche, un foyer pour les grillades, une table et des bancs, un ponton… Nous trouvons un banc près du lac, presque fait pour lancer sa canne à pêche et poser sa prise sur le grill sans en bouger.

On serait bien restés plus longtemps à regarder le paysage. Les deux Grues cendrées que nous avions effrayées en arrivant, sont revenues et marchent doucement sur la tourbière à fleur d’eau. Un cygne chanteur dort non loin de là, la tête dans les plumes. Mais nous avons rendez-vous au magasin de vélo avant 15h00, pour changer la jante de Gabriel. Elle est dans un sale état : on peut maintenant passer la pointe d’un couteau dans la plus grande des fissures. Il faut qu’elle tienne encore une quinzaine de kilomètres jusqu’à l’atelier de CATU bikes à Sundsvall. Chantal, avec qui nous avions échangé pour la commande de la roue s’avance vers nous et nous tend la nouvelle roue avec un sourire complice. “You are looking for a new wheel, aren’t you ?”. Elle nous met à disposition les outils pour retirer la cassette de pignons et la monter sur la nouvelle jante. Gabriel parvient à la changer en quelques minutes. Le plus long est de remettre en place le pneu. Alex, le mécanicien, l’aide à le mettre en place parfaitement dans la jante à l’aide d’une pince spéciale, de la graisse (qui peut aussi être substituée par de l’eau savonneuse). Il lui montre les repères à respecter et règle également la tension des rayons. Un bon moment d’apprentissage, très utile pour la suite. Nous quittons CATU bikes soulagés, et gardons un excellent souvenir de l’accueil chaleureux de Chantal.

Faute de camping ouvert (la saison n’a toujours pas commencé au 06 Mai, et on s’entend répliquer que les campeurs en tente ne sont pas acceptés, au titre qu’il fait trop froid la nuit!), nous plantons la tente plus au Nord dans un parc en bord de mer. D’étranges paniers métalliques sur pied sont disposés un peu partout, et nous interrogent. Nous avons vite la réponse quand nous entendons tinter les chaines : ce sont des cibles de disc golf (le golf avec un freesbee), et nous sommes juste à côté d’un parcours. Le plus important, c’est qu’on a devant nous la mer de Botnie au coucher du soleil pour la première fois du voyage ! Gabriel la goûte, elle n’est pas très salée et prend cette teinte rouille que nous voyons sur les lacs. En effet, le delta de la rivière Indalsälven s’y déverse non loin.

Temps gris ce Samedi 07 Mai, nous restons sur place, installés sur un table de pique-nique pour prendre le petit-déjeuner. Les promeneurs de chien nous saluent et engagent la conversation, tous bienveillants. “Fryser du inte?” (“N’avez vous pas froid ?”). Une centaine de Bernaches nonnettes sont massées sur un terrain de sport le matin. Cela faisait longtemps qu’on ne les voyait plus. Nous passons la matinée dans la réserve du delta de la rivière Indalsälven. Nous franchissons plusieurs passerelles suspendues en caillebotis de métal pour arriver sur la plage de Smackgrundet. La forêt de bouleaux et de résineux s’arrête net à une vingtaine de mètres de la mer, sur une belle plage de sable clair. Nous observons des Pouillots siffleurs, des Rougequeue à front blanc, des Gobemouches noirs et une Fauvette à tête noire. Tous ces migrateurs sont arrivés à destination, ou bien sont encore en transit, comme nous. Les Pouillots siffleurs sont de petits oiseaux au ventre blanc et à la gorge jaune citron. Difficiles à prendre en photo car ils bougeaient sans cesse; très occupés à se nourrir. Après un si long trajet, on peut comprendre ! Ils ont fait le voyage depuis l’Afrique tropicale.

Beaucoup de dénivelé avec le vent de face pour cette étape que nous terminerons, les genoux fatigués, sur le lac de Brån. Au moment de descendre sur cette plage, un renard sort furtivement des buissons. Son pelage prend la même couleur dorée que les herbes sèches sur lesquelles on s’installe. Le chant des Courlis cendrés nous parvient depuis l’autre rive. Plus tard, ce seront les bécassines qui prendront le relais. Un brin de vaisselle discret, sans éloigner les Garrots à oeil d’or et les Harles Bièvres. Trop de vent pour faire du feu, on utilisera le barbecue sous le auvent en bois pour se réchauffer un peu. La tente est vite montée, entre deux rafales de vent que l’on voit venir sur la surface du lac, qui se ride avant qu’elles nous atteignent. À vingt heures nous sommes déjà dans nos duvets. Le lendemain, un Plongeon arctique s’approche de la anse et pousse de petits cris avant de disparaitre sous l’eau.

Une équipe de trois pêcheurs débarque en berline rutilante tractant une vedette pour la mettre à l’eau. La voiture manœuvre, patine sur le terrain détrempé, et un bruit de crevaison siffle. Les trois hommes en salopette noire passent une bonne heure à changer la roue dans la boue, puis finissent par renoncer à leur partie de pêche. Nous les rattraperons plus tard, inspectant le bateau après un gros trou dans l’asphalte, qu’ils n’ont pas dû franchir aussi lentement que nous.

Nous suivons tranquillement notre itinéraire, et faisons un “point carto” car nous avons un dilemme. Deux tracés euro vélo (la numéro 7 et la 10) proposent deux parcours différents : l’un emprunte la voie rapide E4, l’autre fait un détour de plus de 30 kilomètres. Nous optons pour la première alternative mais cela suppose de prendre l’immense pont à haubans de Höga kusten (“la haute côte”) sur deux kilomètres. Nous vérifions aux jumelles, avant de nous y engager, qu’il existe bien un accotement cyclable. On se lance ! la vue est vertigineuse à travers les garde-corps à barreaudage. Les véhicules roulent très vite mais nous dépassent correctement. Le vent s’intensifie à mesure que nous avançons, à 180 mètres au-dessus de l’eau. Le souffle d’un camion nous dévie violemment vers la barrière, tournant d’un coup nos guidons d’un quart de tour. Le rétroviseur de Gabriel s’est même plié à son passage. Le cœur battant et les jambes tremblantes, nous continuons tant bien que mal, les yeux rivés sur le rétroviseur, en pestant contre ce camionneur négligeant. Heureusement, une zone de travaux est en vue et nous laissera une voie entière pour nous tous seuls jusqu’à la fin du pont. Ouf !

Pour la recherche de bivouac, à défaut d’abri cartographié, nous étudions les fonds de carte photo pour juger des endroits favorables. Contrairement aux fonds de cartes classiques, on peut apprécier à travers les vues satellites la nature des sols et l’étendue des végétaux. Une clairière dans la forêt, une piste en impasse, l’absence d’habitations, sont autant de potentiels bivouacs. Pour ce soir, la mince épaisseur contenue entre l’autoroute, la route et la côte ne nous laisse pas beaucoup d’options. Nous repérons un chemin menant vers une zone non construite, à côté de la mer. Il y a toujours un risque que l’accès à l’eau soit privé , mais la chance nous sourit : c’est une zone de baignade publique à l’abandon. De vieilles cabines en bois sont à moitié effondrées, le ponton se désintègre, mais la plage est parfaite. Deux Chevaliers culblancs décollent en criant à notre arrivée. Il fait huit degrés au moment de fermer la tente.

Le 09 Mai est une journée printanière, ensoleillée et pleine de belles rencontres. A peine un kilomètre après notre bivouac, nous stoppons devant un arbre car un cri étrange nous interpelle. Comme un cri de rapace… L’arbre est dans le jardin d’une maison, nous approchons doucement et pointons les jumelles dessus. C’est un Torcol fourmilier ! Un oiseau de la famille des pics qui raffole des fourmis. A ce moment-là, quelqu’un sort de la maison et vient vers nous. C’est un vieil homme de petite taille, aux grands yeux bleus et à la voix douce. Il s’accoude au guidon de Marine pour discuter. Chacun parle dans sa langue, car l’anglais n’est pas possible, mais curieusement, nous avons l’impression de nous comprendre. Nous utilisons le traducteur automatique et son visage s’illumine quand Marine prononce péniblement “Du har tur som har en sådan fågel i ditt hem.” (“Vous avez de la chance d’avoir un tel oiseau chez vous.”). Il nous indique une réserve naturelle à 6 km qui doit être sur notre chemin. Et effectivement, nous arrivons près d’une immense roselière avec des aménagements pour l’observation des oiseaux.

Pour changer des forêts, nous traversons des zones agricoles et des enfilades de lacs. Nous observons les premiers Tariers des prés, un petit passereau, migrateur transsaharien. C’est incroyable d’imaginer qu’ils viennent du Sénégal, du Congo, de la Zambie, ou du Kenya… et qu’ils font le voyage deux fois par an !

Nous prenons un peu d’altitude en remontant à la source de plusieurs lacs. En redescendant du col où nous avions fait notre pause midi, nous nous apercevons que nous avons fait fausse route. Nous avions suivi sans nous poser de question la route principale. Il faut alors remonter les trois kilomètres de côte pour retrouver le bon chemin… Heureusement que cela nous arrive rarement.

Nous visons un camping avec qui nous avons échangé par mail, pour prendre une bonne douche chaude. Car après cinq jours de pédalage, on commence à sentir le mustélidé. Il y a toujours l’option de se placer près du feu de bois du soir pour couvrir les odeurs de transpiration, mais la méthode a ses limites. Nous arrivons dans un camping fantôme, et attendons près d’une heure à la réception. Le bureau est allumé mais personne ne vient. Nous tentons de contacter les gestionnaires, en vain. On s’installe tout de même avant de se raviser en lisant les critiques sur internet : horreur, les douches sont payantes et risquent d’être froides ! Pour 25 euros la nuit, on décide de quitter les lieux. La douche attendra.

On trouve un kilomètre plus loin une aire de débardage où est étendu un beau renard. Marine s’en approche, il est mort dans une position proche du sommeil. Ce bivouac sera donc “celui-du-renard-mort”, qui nous aura donné l’occasion de voir de plus près cet animal que l’on croise si furtivement d’habitude.

Festival d’oiseaux au réveil : les Pinsons pinsonnent, les mésanges mésangent, les Tarins tarinent, les Pouillots pouillottent. Gabriel prend en photo un Bruant jaune et revient avec un autre oiseau à l’écran, qu’il a pris pour son petit. Pas du tout, c’est une belle femelle de Sizerin flammé ! Un pipit des arbres nous gratifie de sa parade nuptiale. Il prend de la hauteur depuis la cime d’un épicéa et se laisse tomber comme une feuille morte, les ailes grandes ouvertes en ralentissant ses trilles sonores.

On commence à se sentir sales d’autant que nous n’avons pas pu faire de feu la veille. Nous atteignons le seul camping des environs par une piste forestière éreintante. Nous avalons la poussière soulevée par les camions charriant les grumes de résineux. La neige est encore bien présente sur les bas-côtés. Dans ces forêts isolées, nous faisons décoller ce qui semble être des poules de Grand tétra ou de Tétra lyre, à plusieurs reprises. Vers 13 heures, nous arrivons à destination : plusieurs corps de bâtiments faits de bric et de broc, recouverts d’objets insolites. Moulins à vent, fleurs en plastique, bois d’élans, vieux outils agricoles, pancartes de récupération. Une brocante à ciel ouvert. Frank nous accueille avec quelques mots en français puis poursuit en anglais “c’est tôt pour la saison, vous êtes les premiers. La neige n’a pas complètement fondu comme vous pouvez le voir”. On remarque le gros tas de neige sur le gazon et suivons Frank qui nous indique un emplacement à peu près sec. C’est seulement après avoir payé que le propriétaire nous explique le fonctionnement de la douche dans les sanitaires vétustes. La chaudière étant située dans l’autre bâtiment, il faut laisser couler l’eau de la cuisine à fond pendant dix minutes pour faire venir l’eau chaude et manipuler étrange mitigeur. Nous avons eu des douches, certes, mais à une température aléatoire allant du froid au tiède… On restera tout de même deux nuits pour se reposer sans rien faire, et laisser passer un épisode pluvieux. Le bon côté est que le camping est habité de nombreux Bouvreuils pivoine, de Grives mauvis, et de Grives litornes, très affairées à construire leur nid. Et nous souhaitons la bienvenue au Gobemouche gris, tout droit arrivé du Sud de l’Afrique !

Nous reprenons les vélos Jeudi 12 Mai et passons la journée entière sous la pluie. Une grosse averse nous contraint à nous abriter pour déjeuner, contre les troncs de vieux sapins à l’écart de la route. Une série de cris suraigus attire notre attention. Silence. Puis de nouveau. Pas de doute, c’est une Gélinotte de bois qui chante ! La pluie n’a pas l’air de la déranger. Nous repartons en poncho en direction de l’aéroport de Örnsköldsvik, placé en plein milieu de la forêt. La pluie s’intensifie et les abords de la route n’ont pas l’air campables. Les pistes qui en partent sont peu nombreuses, on se demande à quoi va ressembler le bivouac de ce soir. Un point “carto” s’impose. On s’engage sur une piste et suivons notre instinct, sans rien trouver. On s’enfonce de plus en plus dans la forêt, et là, surprise ! On n’aurait jamais imaginé tomber sur un abri non cartographié, découvert au détour du chemin, caché derrière les arbres. Nous mesurons le confort d’un simple toit qui nous tient au sec, au moment où un rideau de pluie tombe sur la forêt.

Réveil plus que spongieux, mais le soleil est revenu, avec la visite de quelques Becs-croisés des sapins. Nous nettoyons les jantes des vélos, car après chaque épisode de pluie, les vélos sont pleins d’impuretés et nous savons qu’une toilette fréquente des jantes ralentit leur usure. Celle de la roue arrière de Marine présente deux fissures qui n’évoluent pas pour l’instant mais qui restent préoccupantes. Les jantes Riverside de Decathlon que nous avions achetées en Alsace, n’auront pas fait long feu. Nous avons donc commandé une nouvelle pièce dans la prochaine ville. Journée piste, où nous progressons malgré tout assez rapidement. Grand moment sportif dans une côte très raide en gravier (à 18% de pente). Gabriel capitule aux deux-tiers, sous les yeux de Marine en contrebas, qui se lance à son tour sous ses encouragements “Aller aller aller ! il faut au moins que l’un d’entre nous y arrive !”. Marine a tout donné, à en avoir mal au dos tout le lendemain, mais est parvenue à se hisser jusqu’au replat salvateur. nous descendons le long de la rivière Öre, jusqu’à un de ces fameux “grillplats” (“aire de barbecue” , soit une table, des chaises et un foyer). Nous écourtons la soirée pour nous reposer car le lendemain, nous devons parcourir 60 km pour être avant 14h au magasin de vélos. Nous roulons très vite car la route est bonne et prenons tout de même le temps d’une pause sur une ancienne gravière en bord de route. Il y a des déchets de partout, signe que nous approchons de la ville (c’est ce que nous remarquons systématiquement). Un Petit gravelot vient égayer le lieu, avec deux Chevaliers guignettes en parade, lancés dans une course folle en chantant au ras de l’eau. Nous repartons direction Umeå et arrivons à l’heure au magasin de vélo. Une fois la jante remplacée, nous filons faire un ravitaillement et échangeons avec Benoit sur notre emploi du temps de la journée. Benoit est un français installé à Umeå avec sa compagne suédoise Astrid. Il nous a contactés suite à notre interview, paru sur Natursidan (“la page nature”) au mois de Février et nous avait gentiment proposé de nous rencontrer. Nous les retrouvons sur le campus et faisons connaissance sur les vélos, en chemin pour un café du centre. Tous deux amoureux de la nature, nous avons pleins de points communs : vélo, escalade, ornitho, montagne. Hasard des choses, ils reviennent de vacances… dans la vallée de Quint, à côté de Die ! Nous gardons un excellent souvenir de ce bon chocolat chaud et de viennoiseries à la cardamome en si bonne compagnie. Certainement que nous nous reverrons. Sur le retour, nous faisons un bout de chemin ensemble puis nous bifurquons en direction du camping au Nord de la ville.

Le camping est sans charme, mais d’un grand confort. Nous plantons la tente quelques secondes avant de se faire rincer par la pluie. Gabriel avait senti le grain venir et a précipité le montage de la tente. Nous passons de longs moments dans la cuisine et le réfectoire collectif, que nous partageons avec deux couples de retraités en caravane.

Départ de Umeå le 15 Mai. Nous choisissons de continuer sur l’Euro vélo 10 plutôt que de couper par l’intérieur des terres pour se donner une chance de voir la mer de plus près. Car depuis que nous avons atteint Sundsvall le 6 Mai, nous ne l’avons pas vraiment vue : la côte Est de la Suède est très découpée et la piste qui sillonne en zigzag nous donne l’impression de ne pas avancer aussi vite qu’avant. Grand bonheur de la journée, nous apercevons au loin les premiers rennes du voyage ! Nous faisons ensuite une pause “Fika” (café-goûter en suédois) devant l’île de Rataskär. Dommage qu’on ne puisse pas y camper. Le ponton de bois grisé, devant l’ile surmontée d’une petite tour rouge, la grande pelouse impeccable, étaient autant d’invitations à y rester. Nous poussons jusqu’à Rickleå où nous avons repéré à l’avance le shelter du soir (grâce au site campwild.org). Mais les derniers kilomètres sont difficiles, nous entrons dans une zone agricoles où la piste de gravier se dégrade. Les cailloux deviennent de plus en plus gros, et les secousses avec. Par crainte d’endommager nos vélos (surtout les roues), nous nous résolvons à emprunter la voie rapide sur trois kilomètres, pour retrouver un peu plus loin une piste en meilleur état.

L’abri est une cabane de pêcheur sur une petite île au milieu d’une grosse rivière. On y accède par un pont en bois, tenu entre deux blocs de granit. La lumière réchauffe les couleurs de l’herbe qui prend la teinte du printemps. Un Courlis cendré nous rend visite en planant juste au-dessus de nous. Il chante toute la soirée, et reprend le lendemain dès trois heures du matin.

Aujourd’hui encore, beaucoup de portions de pistes avec le vent de face. Ravitaillement à Robertfors, y compris en Super Sans plomb 95 pour le réchaud, et c’est reparti. Après une petite averse, nous faisons une autre belle rencontre. En lisière, loin au bout d’un pré, un élan semble vouloir s’aventurer hors de la forêt avant de nous apercevoir. Nous sommes à bonne distance, environ trois cents mètres, mais il fait demi-tour dès qu’il nous repère. Nous avons juste le temps de le prendre en photo avant qu’il s’évanouisse comme une apparition. C’est par hasard que l’on trouve ce soir une cabane forestière à côté de laquelle nous campons. Elle n’est pas fermée à clé. Gabriel entrouvre la porte et ouvre de grands yeux. “Viens voir ! J’ai trouvé le traineau du père Noël ! Les rennes que l’on a vus s’en sont sûrement détachés”.

L’atmosphère est humide et fraîche. Comme on ne peut pas faire de feu pour se réchauffer et éloigner les insectes, on se réfugie donc dans la tente. Il faut ensuite s’extirper des duvets pour aller préparer un repas chaud.

Le 17 Mai, il fait cinq degrés quand nous nous réveillons. Nous avons une bonne étape à faire pour atteindre la péninsule de Bjuröklubb. C’est l’entrée du golfe de Botnie, où nous allons chercher la mer, dans un bel endroit que nous a recommandé Astrid. Juste avant, nous nous arrêtons à l’observatoire de Gärdefjärden, que nous découvrons par hasard sur la route. Marine monte donner un coup de jumelles et redescend chercher la longue-vue. Il y a pleins Combattants variés sur la pièce d’eau ! Les mâles de ces limicoles arborent leur étonnant plumage nuptial : une énorme collerette de plumes, tel un boa de diva.

Quarante deux kilomètres avec le vent de face, mais quelle récompense au phare de la péninsule…Enfin l’horizon bleu, enfin les vagues, enfin l’odeur de sel. Dans l’euphorie, Marine prend l’écume des vagues formée par les hauts fonds pour des baleines. On y croit pendant quelques minutes puis on rit de notre crédulité. Abrités du vent contre le bâtiment jaune, nous profitons du soleil et de la vue panoramique. Un des plus beaux pique-niques.

En milieu d’après-midi nous rejoignons le Sud de la péninsule par une piste à travers la pinède. Le paysage est au-delà de ce que l’on pouvait imaginer. Le chemin s’interrompt sur une vaste étendue minérale qui se poursuit jusqu’en pointe dans la mer. Une minuscule maison de vacances se dresse sur le granit. Des végétaux ras forment des plaques vertes sur le parterre ocre. Un mâle et une femelle de Traquets motteux se poursuivent entre les cailloux, et se perchent tour-à-tour sur le même galet recouvert de lichen. La pointe protège une plage de sable clair en demi-cercle, au bout de laquelle se trouve un abri où nous dormirons ce soir. Deux Labbes parasites sont postés sur les blocs. L’un d’entre eux prend en chasse une Sterne pierregarin pour lui voler son butin et l’offrir à sa partenaire qui quémande comme un petit.

Écouter le ressac, mettre les pieds dans l’eau, toucher le sable, sentir le soleil… Puisque notre itinéraire initial ne nous permettait pas de la voir, nous sommes allés chercher la mer sur la pointe la plus à l’Est de la région pour profiter de ce bel horizon. Les migrateurs défilent en petit nombre, franchissant la jetée naturelle de galets en déformant légèrement l’onde de leur vol.

La route nous appelle et l’on reprend nos montures. Nous sommes coupés dans notre élan par la rencontre d’un retraité fan de geocaching qui nous explique pendant près d’une demi-heure le principe de cette chasse au trésor mondiale. Il est à un niveau expert où les caches traditionnelles (un objet dans un contenant étanche avec un message), ne suffisent plus à satisfaire son appétit. Il cherche maintenant les caches plus difficiles ou encore inaccessibles. Certaines énigmes doivent être résolues par des programmes informatiques. D’autres caches doivent être découvertes jusqu’à 18 mètres sous le niveau de la mer, ou bien en haut d’un arbre. Il arrive à convaincre Marine de s’inscrire pour participer. Nous le laissons faire le tour de ses caches qu’il veut vérifier avant la saison touristique. Quant à nous, jeunes cyclistes, l’activité de la journée consistera à chercher un camping avec douche chaude à volonté, et s’y reposer quelques jours.

Merci Chantal et Alex de CATU Bikes à Sundsvall !

Merci Benoit et Astrid pour votre accueil à Umeå !

Et merci à vous de nous avoir lus jusqu’au bout !

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11 – Torrbo > Norrdellen (km 3160 – km 3480)

  • 2022/04/27 Torrbo – Torsång (bivouac) : 57 km
  • 2022/04/28 Torsång – Falun – Svärrdsjö (bivouac) : 63 km
  • 2022/04/29 Svärrdsjö – Åmot (camping) : 48 km
  • 2022/04/30 Åmot – Lilla Öjungen (bivouac) : 41 km
  • 2022/05/01 Lilla Öjungen – Bollnäs – Vallsta (bivouac) : 51 km
  • 2022/05/02 Vallsta – Norra dellen (camping) : 57 km

Mercredi 27 Avril, nous retardons notre départ de Torrbo car trois Plongeons arctiques sont arrivés sur le lac du camping. Nous l’avons vu dégeler le temps de notre séjour, passant du blanc au gris, puis au noir de l’eau profonde. Gabriel avance vers eux appareil photo en main, en jouant à « un deux trois soleil », progressant par petits pas lorsque les oiseaux ont la tête sous l’eau.

On roule très bien jusqu’au bivouac suivant, mais il fait très frais. Nous arrivons en banlieue de Borlänge, dans un ancien écomusée présentant des constructions traditionnelles et de vieilles barques sur une grande pelouse en bord de lac. Le lieu est idéal pour observer les oiseaux : au loin des Plongeons arctiques (encore eux), en limite de roselière des Chevaliers culblancs et des Bruants des roseaux, et une Sterne pierregarin perchée sur une balise du chenal. La Chouette Hulotte chante pendant la nuit. Le lendemain matin, deux Balbuzards pêcheurs sont en chasse au-dessus du lac. Seul l’un d’entre eux parvient à ressortir avec un beau poisson entre les serres.

Etape à Falun pour un gros ravitaillement. C’est des mines de minerai de Falun que provient le fameux pigment rouge cuivré de toutes les maisons suédoises. Vent de face, temps frais, et pas d’eau dans nos bouteilles. Nous nous résolvons à en acheter à Svärdsjö, juste à côté de notre cabane du soir. L’abri est au Sud du lac Svärdsjön, assez proche des habitations. La surfréquentation explique peut-être son mauvais état. Nous décidons de planter la tente à côté, et profitons du foyer pour allumer un feu. Un fourgon remorquant une vedette s’avance jusqu’au ponton. Après quelques manœuvres, l’embarcation est dans l’eau et son conducteur part bruyamment en direction de la petite île. Ce qui nous surprend c’est qu’il est de retour moins de deux heures plus tard, remet son bateau sur la remorque et repart comme il est venu. Beaucoup d’efforts pour une petite partie de pêche.

Nous avons une deuxième visite le lendemain matin, une femme promène son épagneul et s’enquiert du motif de notre venue. On discute jusqu’à ce que nous soyons interrompus par une alarme de son agenda électronique. « Je dois aller changer mes pneus, bonne journée ! ». 29 Avril, les suédois vont enfin troquer leurs pneus cloutés pour les pneus de printemps, c’est bon signe. Et ça fera moins de bruit sur la route quand ils nous dépasseront.

La tente est toute givrée, on la laisse sécher pendant que nous observons les oiseaux au petit déjeuner.

Trois Faucons crécerelles sont perchés dans leur nid en haut d’un pin. Un Pic noir se promène de bouleau en bouleau en criant, deux Gobemouches noirs se disputent en silence. Un Pouillot fitis chante allègrement dans les bourgeons. Tout comme le Gobemouche noir, c’est un migrateur au long cours qui hiverne en Afrique tropicale. Les mâles arrivent avant les femelles pour définir leur territoire et trouver un lieu propice pour la nidification.

Nous empruntons une route forestière très calme en pente douce. Nous avons de belles éclaircies mais le temps se voile, et nous trouvons refuge pour le déjeuner contre ce qui semble être une ancienne centrale hydroélectrique. Dans l’après-midi nous longeons une série de lacs tous aussi beaux les uns que les autres. On ne résiste pas à une pause sur celui de Grundsjön, plus accessible avec les vélos.

Une Grue cendrée semble être seule sur la rive Nord Est. Nous en avons aperçu une autre perdue dans les taillis en bord de route. D’ordinaire, elles voyagent en couple ou en famille avec leurs petits. Marine pointe la longue-vue sur deux Plongeons arctiques et des pommes de pins tombent autour de nous. Encore un coup des « Gredins des pommes de pins » ! C’est ainsi que nous avons renommé les Bec-croisés des sapins, auteurs de ces plaisanteries.

Nous arrivons tôt au camping de Åmot, accueillis par trois hommes en plein apéro entre les caravanes. Jaan nous souhaite la bienvenue et nous propose de nous installer à l’écart sur un terrain plongeant vers la rivière. Nous nous insérons entre deux cabanes, celle où l’on stocke le bois et l’autre où on le consume. Ce petit abri est une pièce carrée avec des bancs autour d’un foyer ouvert que Jaan et ses collègues viennent allumer pour nous. Les flammes sont d’un grand réconfort après une nuit où il a gelé. Nous y passons toute la soirée, à noircir nos poumons (même si le local est ventilé) et parfumer nos habits.

Samedi 30 Avril, 3 degrés au réveil. Le ciel est bien dégagé. Nous discutons avec Jaan qui nous montre des photos du lieu datant mois de Janvier, sous les aurores boréales. On aurait dû partir encore plus tôt pour voir cela ! Il nous apprend que nous sommes sur le territoire des Ours brun et des Loups, qu’il a déjà vus plusieurs fois pendant ses randonnées. Et il n’est pas rare de voir des élans sur le bord de la rivière. Il faudra ouvrir l’œil.

L’itinéraire du jour est majoritairement sur des routes non asphaltées et très peu fréquentées. Notre progression est donc plus lente et plus fatigante. Nous retrouvons temporairement l’asphalte, au niveau d’une route qui aurait pu être une voie de chemin de fer : en dénivelé très doux, surélevée sur une sorte de digue d’une dizaine de mètres de haut. On est presque au niveau de la cime des pins. De retour sur la piste, nous trouvons un bivouac en bord de route, en plein milieu de la forêt, sur le lac de Lilla Öjungen. Nous avons besoin de nous réchauffer après cette journée sans soleil, avec la goutte-au-nez permanente. Nous installons la tente entre les arbres sur un tapis d’aiguilles de pins et d’herbes sèches. On se réconforte avec une bonne tablette de chocolat, et on repense, assis tous les deux, à cette légende que Geneviève nous a racontée à notre arrivée en Suède.

Sur une grande plage de sable clair, au crépuscule, deux silhouettes de cavaliers s’avancent l’une vers l’autre. Le premier est vêtu d’une épaisse fourrure sur un cheval sombre. Le second porte un habit clair et une couronne tressée de rameaux en bourgeons. Chacun dresse sa lance, la porte à l’horizontale, brandit son bouclier. Commence alors le duel. Monsieur Hiver finit par s’incliner, et laisse Monsieur Printemps prendre sa place. Une barque sort de la brume derrière eux, glissant sur l’eau jusqu’au rivage. Les passagers portent une torche et viennent à terre embraser les tas de branches disposés sur l’aire de combat.

Voici la version de la légende du rite de passage de l’Hiver au Printemps telle que nous l’avons retenue, et sûrement interprétée. Le passage du 30 Avril au 1er Mai, est fêté dans toute la scandinavie par de grands feux pour célébrer l’arrivée du Printemps. Chez les Vikings, on allumait de grands bûchers pour éloigner les loups et d’autres créatures surnaturelles afin de sortir dès le lendemain les troupeaux en pâture.

Gabriel a fabriqué un foyer semi-enterré avec des pierres et de la terre, pour allumer un beau feu et fêter à notre manière « Valborg » ou la « nuit de Walpurgis ». Car nous attendons le Printemps avec impatience ! Il ne fait qu’un petit degré au dessus de zéro au premier Mai, et l’on se demande vraiment si Monsieur Printemps a mis la raclée à Monsieur Hiver.

Le chant des Plongeons arctiques nous sort de notre sommeil. Après le petit déjeuner, la nouvelle tombe : onze fissures sont visibles sur la jante arrière de Gabriel (celle qui avait déjà été changée à Strasbourg). Espérons qu’elle tienne jusqu’à ce que l’on trouve une solution.

Nous avons besoin de renflouer les sacoches de nourriture mais nous avons omis un détail : le premier Mai est un jour férié ici aussi, tout doit être fermé ! Nous envisageons de camper en zone urbaine de Bollnäs pour attendre l’ouverture. A notre étonnement tout est ouvert, et nous avons même pu acheter des patins freins pour remplacer les nôtres. On n’aura jamais fait autant d’emplettes le jour de la Fête du travail…

Nous roulons avec prudence car nous sommes sur une route « à deux chiffres », la route 83, fréquentée par les camions, et sans accotement. Le bruit des voitures nous semble d’autant plus violent après avoir apprécié la tranquillité des lacs. Petite lueur dans cet horizon de camions : la première Hirondelle rustique du voyage ! Monsieur Printemps aurait-il finalement gagné la partie ?

En s’écartant de la route 83 nous trouvons un campement vers l’aérodrome de Vallsta. Il y a de quoi s’installer sur une péninsule du lac Kyrksjön au bout d’une piste de terre. Un Balbuzard pêcheur est en vol statique au moment où nous arrivons. Bel accueil, nous approuvons le lieu qui nous réserve d’autres belles surprises : un Pic cendré, des Garrots à œil d’or, et des Pouillots fitis.

Lundi 2 Mai, 10 degrés au réveil. Le record de la nuit la plus chaude passée dehors. Tellement chaude que nous avons dû enlever des épaisseurs en pleine nuit. Les Bécassines ont chanté juste au dessus de la tente. Elles chantent d’abord un tic-tac répété puis foncent en piqué en faisant vibrer les plumes de la queue. Cela produit un vrombissement comme celui de gros insectes.

Départ à 10h. Cap plein Nord par une route de granit rose très agréable. Les lacs gelés se succèdent. De belles granges et séchoirs en bois attirent notre regard. Un Pygargue à queue blanche cercle pour prendre de l’altitude avec des mouettes rieuses au dessus du lac de Ljusnan. A la hauteur du village de Kalv, des rafales de vent nous poussent à trouver urgemment un abri. Par chance, une cabine de baignade est tout proche. Nous l’atteignons juste avant qu’un grain passe. Nous passons le reste de l’après-midi sur une belle route traversant des paysages de forêts de pins jusqu’au camping de Norra Dellen. Il est situé à la jonction de deux lacs immenses, Norrdellen et Sördellen, battus par les vents au moment où nous arrivons.

duo de Cygnes chanteurs par cyclopithecus

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